Et si on regardait ensemble dans la même direction ?

Laurent Bagnoud

J’ai constaté durant les rencontres citoyennes organisées dans le cadre du processus de fusion, que nous avions souvent tendance à parler des communes voisines en terme de comparaison, en auscultant minutieusement ce qu’elles allaient nous apporter en bien, parfois, et en moins bien, souvent. A qui apportera la plus belle dot au patrimoine commun du nouveau ménage, en quelque sorte. Et on compare ainsi les superficies aux fortunes nettes, les mètres cubes d’eau aux nombre d'habitants. 

Mais toiser son voisin en regardant la situation présente, c’est comme regarder son conjoint à la veille des noces et lui reprocher un nez disgracieux. C’est peut-être lucide. Mais l’essentiel n’est-il pas ailleurs ? 

Pour ma part, j’ai souvent constaté, lorsque je travaillais à l’Etat du Valais, que certaines régions moins peuplées et moins productrices de richesses que le Haut-Plateau, avaient paradoxalement plus de facilité à obtenir des succès auprès du Gouvernement, de l’Administration ou du Grand Conseil. D’autres régions moins peuplées excellent dans cet exercice. 

La raison en est finalement assez simple. Nous peinons, en raison de l’organisation politique actuelle, à « descendre » du Haut-Plateau de manière coordonnée pour défendre nos intérêts à Sion, malgré un personnel politique de qualité. L’ACCM fait un gros travail, mais elle se concentre sur la gestion de la station, sans jouer un rôle de représentation vers l’extérieur.

Le Haut-Plateau est ainsi un géant économique, mais un petit poucet politique au niveau cantonal et fédéral. Avec la centralisation toujours plus grande des décisions vers le canton et la Confédération, qui peut prétendre que cela n’est pas préjudiciable à notre développement ? C’est assurément un handicap majeur. Et depuis quand n’avons-nous pas eu un Conseiller d’Etat ou un Conseiller national du Haut-Plateau ?

Alors finalement, la question essentielle de la fusion, ce n’est pas seulement de savoir qui a le plus de mètres carrés de terrain, de mètres cubes d’eau, ou de bêtes à cornes entre les quatre communes. Un élément majeur est de réaliser qu’ensemble, nous sommes plus forts. Qu’ensemble, nous aurons enfin un poids politique important - en tant que sixième commune du Valais et l’une des premières commues en terme de masse fiscale - pour peser de tout notre poids sur les destinées de notre beau canton. 

Et cela sera à l’avantage de tous les habitants de Chermignon, Montana, Randonne et Mollens. Qu’ils soient aujourd'hui pour ou contre la fusion.

Alors c’est un peu comme à la veille des noces : plutôt que de scruter les défauts de son futur conjoint, et si on regardait ensemble dans la même direction ?

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